Interview d’Aurélie Afflard, conseillère numérique – réseau AFLEC

Présentation Aurélie Afflard :

Je suis conseillère numérique du réseau AFLEC, réseau de 6 établissements dont trois établissements qui se trouvent aux Emirats Arabe Unis et trois au Liban.

Je m’occupe de toute la partie numérique, pour développer des usages du numérique dans ces établissements.

Le réseau AFLEC est une association qui date de 2003, c’est un groupe de personnes qui a créé des écoles au Liban puis aux Emirats Arabe Unis.

Nous avons des sponsors et l’association est gérée par un comité de gestion. Actuellement nous sommes 6 écoles homologuées AEFE qui suivons les programmes français, de la maternelle jusqu’à la Terminale dans pratiquement tous les établissements.

Quelles sont les raisons qui mènent un établissement comme le vôtre à faire le choix du « tout numérique » ? Quels étaient les enjeux pédagogiques ?

 C’est vraiment le réseau AFLEC qui est, et était avant-gardiste puisqu’il s’est positionné sur le numérique avant même que les programmes en France intègrent de manière officielle une composante numérique. C’était surtout une politique de performance qui visait à développer des usages collaboratifs, à être à la pointe de l’éducation et d’un enseignement nouveau.

Ensuite avec la généralisation des manuels numériques lorsque les programmes 2016 sont parus, notre expérience nous a permis d’avoir un ou deux ans d’avance sur d’autres établissements.

Nous formons à la fois les enseignants et nos élèves au numérique : c’est l’avenir et plus tôt ils sont formés, mieux ils seront intégrés dans la société.

 

Vous menez un projet numérique depuis plusieurs années… Quels sont les retours de cette expérience ?

Dans nos écoles, nous sommes « classes connectées » du CM1 jusqu’à la Terminale donc pour chaque niveau de classe nous avons des manuels numériques.

Le premier retour, c’est qu’effectivement ça allège les cartables, c’est un point très positif !

L’autre avantage est que le manuel est accessible partout, avec ou sans connexion Internet.

Il y a deux versions de manuels numériques :

  • une version « type PDF », est moins intéressante à mon sens
  • et une version enrichie avec des vidéos, des liens Internet, des exercices différenciés : voilà pour moi le plus intéressant !

Les seuls retours négatifs ont surgi lors de la mise en place et déploiement : nous sommes un établissement où il y a énormément d’élèves et c’est donc un peu compliqué !  Mais ensuite nous n’avons eu que peu de retours négatifs, au contraire.

Il faut surtout bien peser l’utilisation qu’on souhaite faire de ces outils, et ce que les enseignants attendent d’un livre numérique. A mes yeux il n’y a que peu d’intérêt à passer aux versions numériques si ce n’est que pour réduire le poids des livres, ou leurs coûts.

Pour les élèves, c’est très motivant à partir du moment où ils travaillent sur Ipad…

Même lorsqu’ils sont confrontés à de légers bugs (lors desquels ils n’avaient parfois plus accès aux manuels pendant quelques jours), ils semblent très contents d’utiliser les livres numériques.

Les parents eux ont beaucoup apprécié le fait que les cartables soient plus légers ! On apprécie aussi le fait d’avoir tout, partout dans le monde puisqu’on est tout de même à l’étranger : nous avons des enfants qui voyagent beaucoup et qui emportent juste un Ipad avec la totalité des manuels.

Comment avez-vous construit votre projet numérique ?  Pourriez-vous nous en retracer les grandes étapes ?

Au début du projet numérique, il y a eu une phase de concertation avec tous les enseignants et la direction de l’établissement. Tout a été discuté, et nous avons pris des décisions ensemble sur la pertinence du projet. Ce n’est qu’après cette phase de concertation que nous en avons parlé aux parents d’élèves.

Nous avons alors recueilli leurs questionnements et leur avons expliqué en détail le projet, ses différentes phases et les plus-value pour les élèves.

Ensuite un responsable en charge du développement s’est chargé de la mise en place du projet (Monsieur Stéphane Guérault à l’origine, à qui j’ai succédé.)

Notre rôle a été d’orienter les enseignants, (et les parents aussi) vers de nouvelles pratiques puisque l’enseignement en lui-même change dans la classe avec le numérique. Il a fallu former toutes les équipes, c’est cette phase qui a été la plus longue.

Ensuite parvenus aux choix des manuels, nous définissons ensemble six mois avant les commandes les méthodes qui semblent intéressantes. Nous demandons aux enseignants d’essayer et de tester ces manuels.

L’un des enjeux est alors d’identifier les outils qui proposent de réelles plus-values de l’utilisation du numérique et pas seulement une copie PDF.

Certains choix sont aussi influencés par la technique – par exemple la qualité du WIFI dans l’établissement, nous poussentvers des versions qui se téléchargent « offline ».

Nous avons remarqué qu’au fur à mesure, les enseignants choisissent chaque année et changent de manuels chaque année ! Il me semble que plus on rentre dans le numérique, plus on a envie d’avoir des versions enrichies et plus on a envie de sélectionner les manuels pour qu’ils apportent une réelle plus-value aux élèves.

Comment avez-vous géré les difficultés rencontrées par les enseignants qui utilisaient les manuels papiers auparavant ?

Nous avons mené de grandes sessions de formation, car nous sommes tous différents dans nos pratiques numériques. La génération 80-90, née avec le numérique, est plutôt à l’aise avec les Ipad ou téléphone portable. Avec les générations précédentes c’est plus hétéroclite : certains sont très avancés, et d’autres n’ont pas envie d’en entendre parler.

Nous avons mis en place des formations très variées, depuis la première prise en main des tablettes, l’ouverture d’une application, ou la connexion à un outil… et les formations continuent encore aujourd’hui. Comme nous sommes à l’étranger, nous avons énormément de mouvements, les nouveaux arrivants reçoivent une formation initiale puis vont pouvoir se former tout au long de l’année.

Comment pensez-vous que ce projet évoluera dans les années à venir ?

Nous assisterons peut-être à un ralentissement de l’engouement de certains professeurs, qui ont essayé les manuels numériques et pourraient finalement changer d’avis en ne trouvant pas les plus-values qu’ils attendaient.

Mais il faut reconnaître que les éditeurs améliorent leurs offres et redonnent goût à ces enseignants d’utiliser le numérique.

Avec l’arrivée de la réalité augmentée, le numérique permettra sans doute encore de nouveaux usages qu’on ne fait que découvrir.

Pour moi, nous irons encore vers une utilisation plus réfléchie, plus enrichie qu’il y a quelques années !

Un mot sur votre collaboration avec LDE ?

C’est très positif surtout que LDE regroupe vraiment l’ensemble des offres des éditeurs.

Vous enrichissez même votre catalogue chaque fois qu’on vous le demande, et c’est très positif parce qu’on n’est pas obligé d’aller sur d’autre plateformes.

Vous avez toujours été très réactifs, par exemple, quand j’ai demandé des nouvelles versions de certains manuels.

Je suis très contente et satisfaite de notre collaboration.

Propos recueillis le 17 avril 2018