Numérique : quelle place pour les écrans ?

 » Ce que nous faisons subir à nos enfants est inexcusable. Jamais sans doute, dans l’histoire de l’humanité, une telle expérience de décérébration n’avait été conduite à aussi grande échelle « , estime Michel Desmurget dans son essai La fabrique du crétin digital.

Doit-on se conformer à cette réflexion catastrophiste et bannir des salles de classe les écrans responsables de tant de maux ?

Nous sommes bien entendu plus mesurés, mais la question de la juste place de l’écran auprès de nos élèves et enfants mérite d’être posée.

L’écran n’est pas un médium obligatoire pour découvrir le numérique : certains ouvrages proposent de réelles activités autour du livre et du numérique, des jeux de plateau, des cahiers d’activités, permettent aux enfants de découvrir les algorithmes et la programmation sans qu’ils soient devant un écran.

Parmi les raisons invoquées pour s’en méfier (notamment par les parents d’élèves), les écrans sont très souvent perçus comme une distraction avilissante, et le temps qu’on leur alloue comme un excès contre lequel l’on devrait se prémunir à tout prix.

Anne Cordier, Maître de Conférence à l’Université de Rouen dit très justement qu’entrer dans le numérique par la mise en avant des dangers et risques qu’il comporte, est une erreur fondamentale. C’est nier le rapport premier que les enfants ont au numérique, la valeur et le plaisir subjectif qu’ils y trouvent. 

Nous devons simplement en prendre acte : les écrans sont désormais incontournables pour nos enfants et nos élèves.

L’inconnu que représente le changement de paradigme social et éducatif apporté par le numérique, inquiète une génération d’adultes confrontée aux “digital natives”. Pour reprendre les mots d’Antony Lake, ancien Directeur Général de l’UNICEF,

«La technologie numérique ainsi que les avantages et les désavantages qu’elle comporte sont une réalité irréversible de notre temps. Dans ce monde numérique, nous devons relever un double défi : minimiser d’une part les dangers pour les enfants et, d’autre part, maximiser le bénéfice pour chaque enfant. »

Les évolutions furent tellement rapides que la recherche scientifique n’a pas encore suffisamment de recul pour nous aider à comprendre véritablement l’impact des écrans sur le développement émotif, cognitif, socio-émotionnel, et physique des enfants. Nous ne pouvons donc que suivre quelques recommandations de bon sens. Toute activité soutenue et pratiquée de façon régulière développe des processus cognitifs différents, et les pratiques numériques n’y font pas exception.

Les contenus et les pratiques sur écran vont bien sûr influencer les enfants, et il faudra veiller à leur donner les directions les plus pertinentes possibles. Nous savons qu’un enfant confronté plus de sept heures par jour à un écran de manière passive peut connaître des troubles de l’attention et de la concentration. Nous savons également que la pratique des jeux vidéo d’action améliore l’acuité de concentration des enfants !

Qu’il s’agisse de se rassurer, ou simplement de guider l’enfant dans le monde complexe du digital, il est reconnu que l’enseignant et les parents doivent accompagner chaque enfant – comme dans la découverte du monde réel.

Il est recommandé de ne pas laisser seul le très jeune enfant (avant – 6 ans), et de créer des rituels grâce auxquels chaque enfant ou élève pourra développer un rapport à l’écran maîtrisé et compris.

Au risque d’apparaitre comme un truisme, tout est sans doute une question de mesure, et d’éducation ! L’écran n’est qu’une machine qui n’apporte ni bien ni mal :  à nous de le laisser à sa juste place pour permettre aux élèves de développer leur potentiel sans en devenir esclave.

Nous suivrons ainsi volontiers la conclusion de l’académie des Sciences dans son rapport déjà ancien :

« La croissance, de l’intelligence, de la sensibilité, des capacités de relation de chaque enfant est à la fois robuste et infiniment fragile. Livré seul aux écrans il dérivera dans la solitude tandis qu’accompagné il en fera des usages nouveaux que la génération de ses parents n’imagine pas. Prudence lucide et émerveillement attentif sont, en fin de compte, les meilleurs services que nous puissions rendre à cet enfant du siècle nouveau. »

Pour aller plus loin :

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